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Le blog littéraire et artistique de Michel Théron
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Désir et temps

Désir et temps

  La passion, qui a le désir pour base, se veut éternelle, et donc nie son ennemi majeur, le temps, son refroidissement, son entropie, la rouille qu’il dépose sur toutes choses. Elle refuse de passer du champagne aux tisanes, du romantisme aux rhumatismes. Aussi est-elle, suivant le beau titre du livre d’Alquié qui lui est consacré, Désir d’éternité.

On n’imagine pas Yseut devenir Madame Tristan. Pas plus que Juliette devenir Madame Roméo.

Depuis que le monde existe, on n’a jamais vu deux amants en cheveux blancs soupirer l’un pour l’autre.

C’est cette phrase de La Rochefoucauld que Julie dit à son amant Saint-Preux, dans La Nouvelle Héloïse de Rousseau, pour justifier son refus de lui céder. Et sa mort précoce éternisera son sentiment, selon la logique déjà vue de l’amour platonique. Il est nécessaire en effet que les amants meurent jeunes, qu’ils perdent tout pour tout sauver. La mort, qui transforme une vie en destin, arrête le temps. C’est comme un arrêt sur image au cinéma. Éternelle jeunesse des amants réunis dans la mort. Écoutez la Mort d’Isolde dans l’opéra de Wagner…

À mains égards, le destin de l’homme est celui du bois : brûler, ou pourrir. On comprend ainsi qu’Éros, le Désir « néguentropique » (refusant l’entropie) a dans ce sens partie liée avec Thanatos, le désir de mourir. Mais non pas mourir à petit feu, comme pour ceux qui se contentent d’une vie médiocre. Mourir au contraire dans une grande flamme, comme le papillon meurt de s’y brûler. L’amour, qui fait vivre, pour que ce soit éternellement, doit mourir. C’est aussi l’amour des mystiques, qui est une impatience de mourir. « Je meurs de ne pas mourir », dit sainte Thérèse d’Avila. Il faut brusquer les choses. Comme dit la chanson de Gainsbourg : « Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve... » Ou comme Gribouille, qui par peur de la pluie va se noyer.

Ou comme l’héroïne du grand petit film de Patrice Leconte Le Mari de la coiffeuse (1990), qui va effectivement se noyer car elle ne supporterait pas que celui qui l’aime maintenant cesse un jour de le faire. Mais ce faisant, et elle n’y a pas pensé, elle le désespère aujourd’hui, en le laissant seul. Nouvelle preuve que le désir seul est par principe et définition égocentré, et même souvent potentiellement irresponsable...

 

*

Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :

 

ISBN : 9782322458394