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Le blog littéraire et artistique de Michel Théron
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Amour et connaissance (I)

Amour et connaissance (I)

L’

amour s’oppose-t-il à la connaissance ? Paul l’affirme, quand il dit que l’amour de don (agapè) n’a rien à voir radicalement avec la connaissance (en grec gnôsis, d’où le mot français : « gnose ») :

Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. (Première Épître aux Corinthiens, 13/2)             
La connaissance enfle, mais l’amour édifie. (ibid. 13/8)              
L’amour ne périt jamais. Les prophéties prendront fin, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. (ibid., 13/8)

Tout le texte reçu du Nouveau Testament d’ailleurs oppose les deux notions. Par exemple :

L’amour de Christ surpasse toute connaissance. (Épître aux Éphésiens, 3/19)          
Ô Timothée, garde le dépôt, en évitant les discours vains et profanes, et les disputes de la fausse connaissance. (Épître à Timothée, 6/21)

L’expression littérale est : « de la pseudo-connaissance – ou gnose au nom menteur (tès pseudônymou gnôseôs). On sait que le livre essentiel d’Irénée de Lyon dirigé contre toutes les hérésies, rédigé un siècle plus tard, s’appelle aussi : Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur. Autrement dit, la gnose est l’hérésie par excellence.

On voit ainsi que le christianisme de la connaissance, précisément la gnose, dont les intuitions sont psychologiquement si fines et profondes, et si éclairantes pour bien comprendre l’amour vrai, a été connu très tôt, puisque les textes primitifs en font mention, même si c’est pour le critiquer. Paul et ceux qu’on appelle les gnosimaques, ennemis de la connaissance, au bénéfice du seul amour, claironné encore à grand renfort d’emphase et d’autosatisfaction dans certains milieux chrétiens, font souvent recette.

Je sais qu’il est bien porté de les opposer, de distinguer par exemple l’inconditionnalité de l’amour de type agapè, la prééminence en lui de l’élan affectif ou de l’empathie immédiats, et la prudence et le rôle dévolu à la réflexion qui caractérisent la connaissance, et qui peuvent selon certains mener à l’atermoiement, voire à la paralysie. Ou à la constante procrastination, visible dans cette plaisante parole d’un humoriste : le mariage est une chose si importante qu’il faut y songer toute sa vie durant !

L’amour donc semble plus simple, plus spontané, plus « naturel » peut-être, que la connaissance. Mais c’est là un leurre complet. Qu’en est-il en effet d’un amour qui ignore ce qu’il peut faire, et ce même en croyant bien faire ? Qui n’envisage pas quand il se manifeste l’ensemble de la situation présente, et les conséquences potentielles de ses actions, souvent imprévisibles au départ ? N’oublions pas la phrase de Soljenitsyne : « Tous nos crimes sont des crimes d’amour. » Pour bien la comprendre, il faut réfléchir, et ici encore on vérifie que le vrai amour n’est pas spontané ou naturel, mais doit s’apprendre. Il y a peut-être ou sans doute au départ un élan, mais il doit être contrôlé et éclairé par la connaissance...

 

Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :

 

ISBN : 9782322458394