Il faut bien distinguer dans les relations entre les êtres harmonie de nature et de sensibilité, et niveau d’instruction ou statut culturel. Seule la première compte. Le roman de Pascal Lainé, La Dentellière, nous montre un homme cultivé s’éprenant d’une jeune fille très sensible mais sans culture. Très amoureux au début, il s’en lasse progressivement, parce qu’elle n’a pas l’instruction et le vocabulaire suffisants pour soutenir une conversation dans le milieu où il évolue, entre « intellectuels ». Dans le film qui a été tiré de ce livre par Claude Goretta (1977), ce personnage, joué par Isabelle Huppert, souffre évidemment de ce mépris, et finit par s’enfermer dans un mutisme qui la condamne à la folie. Comme la Dentellière de Vermeer penchée sur son ouvrage et toute absorbée par lui, qu’on n’imagine pas parler, mais dont le geste est si émouvant dans son symbolisme : telle une Parque, elle tisse nos vies.
Eh bien, ce jeune homme est un sot ! Il a confondu profondeur réelle et niveau d’instruction. Il a fait passer son narcissisme social à côté d’un vrai bonheur qu’il aurait pu connaître, s’il avait écouté davantage les silences mêmes de celle qu’il avait commencé à aimer. S’il n’a pas trouvé à Pomme (l’héroïne) un quelconque parfum, c’est sans doute qu’il était enrhumé…
Sur le même thème on pourra voir le film de Lucas Belvaux Pas son genre (2014). Par désœuvrement, un jeune professeur de philosophie exilé en province flirte avec une jeune coiffeuse, et en mesurant constamment l’abîme culturel qui les sépare il ne voit pas les trésors de sensibilité qu’elle recèle : l’issue ne peut être que tragique.
Ne prenons pas modèle sur ces jeunes hommes, superficiels et irresponsables. L’enjeu de l’amour est le bonheur. On ne peut le goûter qu’avec quelqu’un qui nous ressemble, dont le caractère est proche du nôtre. Connaître quelqu’un n’est pas lui faire passer un examen, c’est l’explorer dans sa profondeur sensible. L’important n’est pas le bagage culturel qu’on transporte avec soi, et dont l’étendue est simplement due aux aléas de la vie auxquels on ne peut rien, mais bien les possibilités qu’une relation peut donner de s’enrichir si on en a la volonté : la curiosité, l’amour de la lecture, par exemple, sont plus importants que ce que l’on a lu. Demandons à l’autre non ce qu’il a et connaît déjà, mais ce qu’il voudrait avoir et connaître encore. Apprécions-le, s’il y a lieu, selon sa réponse. Un homme vaut ce qu’il veut. Finalement, aimer, c’est s’intéresser avec l’autre aux mêmes choses, vouloir ensemble y avoir accès et les partager, quelles que soient celles que l’on possède déjà soi-même.
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Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :
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ISBN : 9782322458394