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Le blog littéraire et artistique de Michel Théron
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Amour et liens familiaux (II)

Amour et liens familiaux (II)

... En somme, la vraie filiation et l’authentique transmission de la vie passent, non par le sang et le soi-disant lien ou « amour naturel » qu’il nous impose, mais par ce qui est au contraire la marque d’un amour véritable, déterminé et mûri : en l’occurrence par le choix libre et volontaire (dilectio / electio) de s’intéresser à l’enfant, c’est-à-dire symboliquement de l’adopter. Il me semble que le vrai père n’est pas le géniteur biologique, mais celui qui reconnaît l’enfant pour sien en décidant de l’élever, de l’éduquer c’est-à-dire, au sens étymologique (educere) de le faire grandir. Parfois, c’est le géniteur lui-même qui le fait, mais parfois non…

C’est l’admirable leçon qu’il faut tirer de l’épisode évangélique concernant la naissance virginale de Jésus. Joseph, tenté de répudier Marie enceinte (grossesse œuvre de l’Esprit, ou « pneumatique »), finalement décide, après la visite d’un ange dans son sommeil (métaphore d’une profonde intuition surgie de son inconscient), de la garder auprès de lui et d’adopter son enfant, de lui donner un nom (Matthieu 1/25). Donner un nom à l’enfant est important : c’est le reconnaître aux yeux du monde. De la sorte il ne sera plus un bâtard, le simple « fils de Marie », dont la mention subsiste encore dans ce qu’on voit parfois comme le plus ancien en date de rédaction des évangiles canoniques (Marc 6/3). Une rumeur malveillante en effet courait dans les milieux juifs de l’époque hostiles au christianisme naissant, que Jésus était le fils adultérin d’une liaison entre Marie et un centurion romain nommé Panthère.

Une belle réécriture de ce texte se trouve dans la fameuse trilogie théâtrale de Marcel Pagnol. Lorsque Marius, qui a couru les mers, revient au port et veut récupérer son enfant, son père César lui dit que cet enfant n’est pas à lui, mais à Panisse, qui entretemps a épousé Fanny et l’a relevée aux yeux du monde, puis a adopté l’enfant qu’elle portait. L’adage juridique dit très bien : Is pater est quem nuptiae demonstrant – Celui-là est père que démontre le mariage. Cela fonde toute la culture humaine, contre les prétendus liens et lois de la nature.

Et quand Marius demande impertinemment si le père est celui qui donne la vie ou celui qui paie les biberons, César répond la belle phrase : « Le Père, c’est celui qui aime. » Quant à « donner la vie », c’est à la portée de tout le monde, il suffit pour cela de quelques secondes, et souvent d’inconscience. Mais adopter un enfant, le reconnaître pour sien, s’en occuper pendant de très longues années, lui transmettre ce que l’on sait ou, mieux, ce que l’on est, c’est tout autre chose. César le dit bien à Marius, en faveur de qui pourtant en tant que fils biologique il devrait avoir une partialité :

Donner la vie… Les chiens aussi donnent la vie. Cet enfant, tu ne lui as pas donné la vie, c’est lui qui te l’a prise.

Le déterminisme biologique n’est rien, c’est l’amour actif et choisissant, agapè ou dilectio, qui est tout. Et la vraie famille est la famille adoptive – celle qui adopte d’abord, et que l’on adopte ensuite soi-même par reconnaissance d’avoir été adopté.

Notez ici la catastrophe anthropologique aujourd’hui fort répandue : les tests génétiques...

 

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Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :

 

ISBN : 9782322458394