... L’amour captatif est humain, il procède de l’esprit de possession, et se comprend très bien, ce qui ne veut pas dire qu’il faut l’excuser. La jalousie lui est fortement corrélée : on veut n’avoir l’autre que pour soi. Le mot « jalousie » signifie un intérêt excessif et exclusif, totalitaire : il vient de « zèle », via le grec : zèlos. Pour reprendre l’exemple de la mère dévorante, castratrice, elle est souvent jalouse de sa belle-fille, qui lui prend l’objet de son prétendu amour. La réciproque peut être vraie d’ailleurs, si aucune des deux femmes n’a fait de travail de réflexion et acquis une maturité suffisante en pareille matière.
Aussi la mère peut être jalouse de sa fille, qui ayant grandi devient une femme, et à l’égard de laquelle elle se sent en situation de rivalité. C’est à peu près le sujet de Blanche-Neige, et aussi du roman de Maupassant Fort comme la mort.
Le père quant a lui peut éprouver un amour « chosifiant » pour sa fille, pour peu qu’elle rappelle sa femme disparue, comme il se voit dans Peau d’âne, dont le but est de mettre en garde les enfants contre un amour parental possessif, pouvant aller jusqu’à l’inceste.
Heureusement à côté de l’amour captatif ou de possession, existe l’amour de don, ou oblatif. Un très bon exemple en est donné dans la Bible par le jugement de Salomon (1 Rois 3/16-28). Deux femmes se disputent un même enfant. Salomon ordonne qu’il soit coupé en deux et que chacune en ait la moitié. Alors une des deux femmes intervient et abandonne sa prétention, préférant que l’enfant soit donné à l’autre et reste vivant, plutôt que d’avoir la moitié d’un enfant mort. En suite de quoi Salomon lui attribue l’enfant, en disant qu’elle est sa vraie mère. Effectivement l’amour différent du seul désir, qui parfois existe dès le départ, mais qui parfois lui succède, l’amour oblatif, veut le bien (ici la vie) de l’autre, et préfère même que ce dernier soit à une autre, mais qu’il vive.
La situation est la même dans Bajazet de Racine : Bajazet est aimé d’Atalide, que seule il aime, et de Roxane, qui a pouvoir de le faire mourir et qui exerce sur lui un chantage à l’amour, propre à l’amour possessif :
Car vous ne respirez qu’autant que je vous aime.
Alors, pour éviter que Bajazet ne meure par décret de Roxane, Atalide renonce à celui qu’elle aime pour qu’il reste en vie :
J’aime assez mon amant pour renoncer à lui.
Là est véritablement l’amour oblatif, qui veut non pas posséder l’autre, mais son bien. Évidemment ce dernier amour est plus rare que le captatif, et suppose beaucoup de maturité...
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Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :
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ISBN : 9782322458394