Mais autant l’amour pur et vrai, mature, est essentiel à la vie, autant sont essentiels la réunion de soi à soi, le centrage, sans lesquels aucune relation vraie n’est possible. Je viens de parler d’égocentrisme. C’est évidemment un défaut, qui consiste à tout ramener à soi. Mais je défendrai en regard l’égoïsme, en y voyant simplement le fait de penser à soi. Ce souci de soi n’est pas un défaut, même si encore beaucoup de dictionnaires, Le Robert en tête, assimilent les deux mots : si grande est la part d’idéologie (ici la valorisation chrétienne du sacrifice de soi, sur le modèle christique, qui perdure depuis deux mille ans), dans les définitions d’un ouvrage même laïque !
Il faut en effet souvent avoir dans la vie assez d’égoïsme pour résister à l’égocentrisme des autres. Les proverbes le disent bien : « Qui n’est bon pour soi, n’est bon pour personne ». Ou bien : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Comment espérer aider autrui, pouvoir faire quelque chose pour son bonheur, si l’on est soi-même dans un état de dépendance, si l’on vit soi-même d’aumônes, et si on a besoin de quelqu’un d’autre pour se sentir vivre ? Un autre proverbe, latin celui-là, dit très bien aussi : Medice, sana te ipsum (Médecin, soigne-toi toi-même)....
... Cessons donc de nous fuir, et retrouvons-nous. Ce sera la base du vrai amour. Il est fait de confiance en l’autre. Mais si on n’a pas confiance en soi, comment peut-on avoir confiance en quelqu’un d’autre ? Avant toute chose, par conséquent, acceptons-nous nous-mêmes. Et pour cela il faut s’appartenir, ce qui est commencer par se tenir à part...