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Le blog littéraire et artistique de Michel Théron
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Amour et amour-propre (II)

Amour et amour-propre (II)

... Aussi, dans ces récifs tempétueux qui guettent toute relation amoureuse, et qui sont les disputes, je pense que, si bien sûr par ailleurs la relation est vraie, celui qui fait la paix le premier est toujours le plus intelligent. Car c’est lui qui voit le plus loin, qui a le champ d’horizon le plus large, la perception de la Grande Image. Son ego disparaît au bénéfice d’une relativisation générale de tous les heurts possibles, qui inclut la compassion. On en a une magnifique illustration dans « Écoutez la chanson bien douce » de Verlaine (dans Sagesse) :

Écoutez la voix qui persiste     
Dans son naïf épithalame,      
Allez ! Rien n’est meilleur à l’âme         
Que de faire une âme moins triste…     

Elle dit, la voix reconnue,         
Que la bonté c’est notre vie,    
Que de la haine et de l’envie,  
Rien ne reste la mort venue…

Il est très difficile d’atteindre à ce degré de profondeur. Même certains y sont inaccessibles, tels ces deux Inspecteurs Généraux de l’Enseignement public, qui commentant ce poème dédié à Mathilde Mauté, la femme du poète, écrivent en note dans leur manuel : « Verlaine semble un peu oublier la gravité de ses torts. » Comment des Inspecteurs Généraux, ces Évêques de l’Université, peuvent-ils relativiser ainsi des textes qu’ils sont censés défendre, et que donc ils ne prennent pas au sérieux ! Cela revient à dire : « Les textes, vous savez, on en prend et on en laisse ! » Comment peut-on tomber dans cette trivialité définitive, qui oublie l’essentiel : le pardon est préférable à la fâcherie, et l’amour vrai à l’amour-propre !

Cependant le vrai pardon doit être, il me semble toujours lié à la compréhension, c’est-à-dire à la connaissance, dont on a vu qu’elle est essentielle dans la conduite et la pratique de l’amour (voir dans cette partie « Amour et pardon », dans le chapitre « Amour et sacrifice »).

Pardonner véritablement est reconnaître les motifs de l’autre, voir ce qui peut l’excuser. En un sens, le pardon n’est pas inconditionnel, comme on peut parfois le penser dans certaines modalités du christianisme. Il faut pour l’exercer qu’il y ait perception donc prise de connaissance chez l’autre d’un motif, fût-ce l’ignorance de ce qu’il fait.

Mais certains, heureusement rares, sont bien conscients de ce qu’ils font, du mal qu’ils infligent à l’autre. Si ce cas extrême se produisait dans une relation amoureuse, ce serait qu’on aurait affaire avec un sadique, un pervers, en somme un être toxique. Alors bien sûr il ne faut pas que l’autre lui pardonne. Le masochisme n’est jamais une bonne chose, et les relations basées sur ces bases sont infernales.

Cependant, exception faite de ce cas rarissime, la leçon à tirer ici est la suivante : Hâtez-vous de faire la paix avec celui ou celle que vous aimez, et, par exemple, ne vous couchez jamais le soir sans avoir éclairci, par le langage, le conflit que vous auriez pu avoir avec l’autre. Que nulle journée ne s’achève pour vous sans cette pacification, qui est la plus intelligente des attitudes !

« Rien ne reste, la mort venue », dit Verlaine. Elle viendra bien assez tôt… Aussi hâtons-nous d’aimer, et devons-nous dire avec Paul Fort :

Il nous faut nous aimer sur terre, il nous faut nous aimer vivants.

 

Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :

 

ISBN : 9782322458394