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oute histoire d’amour rencontre, à un moment ou à un autre, l’expérience de la finitude. C’est le prosaïsme ordinaire de la vie, la vision désenchantée, même fugitive, de l’autre, ou si on a commis l’erreur de vivre ensemble, le « syndrome des chaussettes sales ». On peut en souffrir, et même on peut vouloir pour cette raison mettre un terme à une relation dont on rêvait qu’elle fût parfaite.
Mais on aurait tort. Car on y oublierait le rôle salvateur du jeu (dont j’ai déjà parlé), et, en élargissant, de cette faculté vitale dont Rabelais nous dit qu’elle est le propre de l’homme : le rire. Pourquoi, au sein même des difficultés, ne réécririons-nous pas, pour reprendre le titre d’un roman de Milan Kundera, le Livre du rire et de l’oubli ? Pensons à l’éclat de rire du moine zen, face à la perplexité des disciples qui se posent indéfiniment d’insolubles questions : montrant leur totale inutilité, il peut préparer au satori (l’illumination dans le bouddhisme japonais). Et tirons-en leçon.
Le rire est une définalisation radicale par rapport à la poursuite acharnée que nous faisons ordinairement de tous nos buts dans la vie. Il implique un regard distancié, donc cette objectivation dont j’ai parlé à propos du nécessaire retrait des projections que nous faisons d’habitude sur les êtres. Il exclut par conséquent la voracité et l’immédiateté de la pulsion, et il nous permet de nous voir de l’extérieur, comme par les yeux d’un tiers. Il implique donc la métacognition, la capacité de mettre en doute tout ce que l’on pense. De ce point de vue, toute activité d’écriture fictionnelle (non immédiatement personnelle) en est imprégnée. De même quand on passe du je au il, aussi bien dans le langage que quand on écrit. Ce processus, salutaire pour l’écriture, est lui aussi une démarche d’objectivation.
Par exemple, si nous regardons avec convoitise quelque chose qui nous fait envie dans la vitrine d’un magasin, nous pouvons voir fugitivement notre propre reflet dans la vitre : alors nous nous voyons désirant, et cette vision, qui objective notre situation, peut nous permettre de nous délivrer de cette avidité même qui, nous précipitant dans la « fièvre acheteuse », n’est pas nous, notre vrai moi profond.
Ainsi, quand nous nous voyons de l’extérieur, nous pouvons rire de nous-mêmes. La centralité de notre ego disparaît, ainsi que notre paranoïa naturelle. La metanoïa du rire, je veux dire le changement d’état d’esprit qu’il instaure en nous, permet de voir toute situation avec un maximum de recul, de largeur d’horizon, et donc de prudence. « Dieu rit quand l’homme pense », dit un proverbe juif. Allez aussi au bord de la mer et écoutez le « rire innombrable des flots » (pontôn gélasma).
Il est certes très difficile de faire rire un paranoïaque. Mais il faut méditer longuement cette question, car elle est très importante dans les relations avec autrui. Permettant d’entrer dans les raisons de l’autre, le rire et son vêtement quotidien, l’humour, sont les meilleurs gages non seulement d’une bonne socialisation, exempte d’agressivité et compréhensive, mais aussi de la réussite dans la durée d’un amour mature...
Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :
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ISBN : 9782322458394
Voir aussi, sur le même sujet de l'humour, mon autre ouvrage :
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"L'humour" de Michel Théron * Boutique en ligne BoD * Auteurs indépendants. Livres extraordinaires.
https://librairie.bod.fr/lhumour-michel-theron-9782322521821