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est il me semble un des plus beaux mots qui soient. Ce n’est pas pour rien que dans le monde sémitique elle est à la base de toute salutation : shalom, salam. Pris au sens profond et non formel, sans salamalecs, le mot désigne ce qu’ultimement on peut espérer dans toute vie.
Je sais bien que d’autres aspirent à autre chose, comme par exemple la grandeur ou la gloire. Mais ce sont des valeurs de représentation : soumission absolue au regard des autres, elles condamnent à un état de dépendance. Et aussi elles sont éphémères. Serais-tu conquérant du monde, si tu veux savoir ce qui restera de toi après ta mort, plonge le doigt dans l’eau de la mer, et regarde le trou.
L’activité humaine dans cette photo peut s’indiquer par le pieu enfoncé dans l’eau en bas à gauche. Il servait peut-être à arrimer une embarcation. Mais le cadrage le relativise et en diminue considérablement l’importance.
Comme doit l’être celle de l’action dans toute vie. Un acte peut bien être posé, comme enfoncé un jour fut ce pieu, mais il importe de ne pas s’y attacher, de ne pas s’occuper de son résultat. De l’acte seulement nous sommes maîtres, non de ses conséquences. Laissons-les se produire, sans espérer les infléchir. « L’œuvre accomplie, retire-toi. C’est la loi du ciel. » À cette maxime de Lao-Tseu fait écho un proverbe chez nous : « Fais ce que dois. Advienne que pourra. » Et sans doute même l’efficacité dans tout ce que nous entreprenons gagnera-t-elle à ce détachement.
Alors, avec le lâcher-prise, une grande paix peut s’installer en nous, à l’image de cette étendue bleue et scintillante qui s’étend ici sous nos yeux et qui semble anéantir tous nos calculs. Ce qui empêche la paix, c’est cette ambition que nous avons de tout maîtriser et contrôler. Disparaît-elle enfin, et nous voici rassérénés.
Contentons-nous donc d’agir avec distance, de faire comme si... : comme si le résultat dépendait de nous. Pour le reste, sachons relativiser l’action. La rose n’a d’épines que pour qui veut la cueillir.