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Le blog littéraire et artistique de Michel Théron
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De la sidération à la considération

De la sidération à la considération

... On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. Mais que signifie ce « regard du cœur », propre à l’amour mature ? L’évangile chrétien nous prévient :

Ton œil est la lampe de ton corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps est éclairé ; mais lorsque ton œil est en mauvais état, ton corps est dans les ténèbres. (Luc 11/34 ; cf. Matthieu 6/22)

En fait la traduction ici par : « œil en bon état » n’est pas juste. Littéralement l’œil doit être simple (grec : haploûs), c’est-à-dire non divisé, ce qui comme on l’a vu est « diabolique ». S’il ne l’est pas, s’il comporte des arrière-pensées, du tortueux, de l’équivoque, alors au lieu d’illuminer, il enténèbre.

Tout le monde sait qu’il y a plusieurs façons de regarder. Il y a un regard flatteur et embellissant, et un regard dégradant. Telle femme est rendue belle par un regard amoureux, qui la rehausse et peut-être aussi la rassure sur son pouvoir de séduction, et si elle se déshabille pour l’être qui l’aime sa nudité même peut en être réchauffée. Mais elle peut être au contraire humiliée simplement par tel regard impur d’un voisin dans le métro.

Là encore le texte évangélique a beaucoup à nous apprendre : ce qui rend impur, ce n’est pas ce qui entre dans l’homme, comme les aliments dans le cas d’une religion faite seulement de prescriptions et d’interdits, car tout cela finit aux lieux d’aisance, mais ce qui sort de lui, regards et paroles par exemple : Matthieu 15/11 et 15/18 ; Marc 7/15 et 7/20.

Lorsque l’amour est pur, il transforme celui qui en est l’objet. Comme Pygmalion a  réchauffé sous ses caresses Galatée, la statue qu’il avait sculptée, jusqu’à ainsi lui donner vie, de même nous pouvons donner vie à quelqu’un si nous l’aimons d’un vrai amour.

Elle a la forme de mes mains

dit Éluard de « L’Amoureuse ». La figure ici est une hypallage de perception, une inversion de repères : ce n’est pas la caresse qui prend la forme du corps, mais le corps qui prend la forme de la caresse. En fait, caresses, regards, paroles sont modeleurs, créateurs de vie.

Je pense d’ailleurs qu’on voit très bien dans la rue si un être est aimé, ou pas. S’il l’est, son allure est pleine de vivacité, d’allant. Dans le cas contraire, la silhouette se voûte, et le visage est terne et gris. Il est de notre responsabilité de transformer, de métamorphoser un être ainsi, de le réchauffer et animer : tel est notre « pygmalionnisme » amoureux.

Beaucoup de récits insistent là-dessus. Pour qu’un être devienne aimable, il faut d’abord qu’il soit aimé. Voyez La Belle et la Bête. Le monstre de laideur devient un beau Prince charmant dès lors que Belle se met à l’aimer. Et une vilaine fée ne l’est que parce qu’elle a été dédaignée, par exemple si elle n’a pas été invitée à une fête. Tout réside donc dans le regard que nous portons sur les êtres, dans sa nature profonde. Est-il confiant et ouvert, et la métamorphose se produit. Apeuré et renfermé, elle ne survient pas. Que l’importance soit donc dans ton regard, non dans la chose regardée...

Ce qui nous fait peur n’attend que nous le regardions autrement. Par exemple le désintérêt ou, pire, la maltraitance dont sont victimes certaines personnes âgées viennent souvent de la peur que nous avons à les regarder. Changeons donc notre regard sur elles. Le pire dans la vie c’est être invisible, transparent aux yeux d’autrui. Il suffit d’un regard pour métamorphoser quelqu’un, pour le faire vivre...

 

*

Ces passages sont extraits de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, paru chez BoD en 2022. Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, commandable chez l'éditeur et en librairie, merci de cliquer sur l'image ci-dessous :

 

ISBN : 9782322458394